Elles vivent au Luxembourg et portent le niqab – «Nous ferons appel à la justice, pas à la désobéissance»

Ceman
Autor članka: Ceman November 6, 2015 15:11

Elles vivent au Luxembourg et portent le niqab – «Nous ferons appel à la justice, pas à la désobéissance»

Par Virginie Orlandi

Leur niqab est un témoignage de leur foi et elles font partie des 16 femmes au Luxembourg portant le voile intégral. Elles ont accepté de témoigner et de nous confier ce qu’elles pensent de l’annonce d’une éventuelle loi sur l’interdiction du voile au Luxembourg.

Elles sont au nombre de 16 et ont décidé de porter le voile intégral comme témoignage de leur foi. Elles? Ce sont les seules femmes qui se couvrent complètement le corps et le visage au Luxembourg. Elles ne sont pas arrivées dans le pays récemment, ne font pas partie des réfugiées et certaines d’entre elles sont même européennes voire luxembourgeoises.

Trois d’entre elles ont accepté de prendre la parole pour dire haut et fort ce qu’elles pensent d’une loi qui leur interdirait de porter le niqab au Luxembourg car depuis la proposition de Marc Spautz, président du CSV, de légiférer à l’image de la France et de la Belgique sur le port du voile intégral dans les espaces publics, elles sont inquiètes.

Dans la foulée, elles ont entendu Viviane Reding renchérir sur le sujet et déclarer qu’elle voyait dans le port de ce type de voile, une atteinte à la liberté de la femme. Et depuis qu’elles savent que le CSV prépare une proposition de loi sur la question, elles n’osent pas imaginer ce que leur vie va devenir si le gouvernement va dans le sens de l’opposition.

«Je m’habille ainsi depuis plus de 15 ans», débute Leïla* qui est arrivée d’Algérie il y a 12 ans et qui est mariée à un Luxembourgeois, «Et je n’ai jamais refusé de me dévoiler pour que l’on puisse m’identifier, je ne voudrais pas que l’on se fasse passer pour moi dans une banque ou une administration! Quand j’ai rencontré mon mari, je portais déjà le niqab et il m’a assuré qu’il était possible de vivre ainsi dans son pays sans poser de problème et ça a été effectivement le cas jusqu’en 2009. Mais quand la question du voile a été soulevée en France, les problèmes ont débuté pour moi…», soupire tristement Leïla.

Des soupirs partagés par Hadzer* qui porte également le niqab depuis 15 ans et qui est arrivée des Balkans il y a 20 ans et par Maria*, une jeune femme portugaise, née au Luxembourg et convertie à l’islam depuis 4 ans. Elle a dû arrêter ses études dans le paramédical car son niqab n’était pas compatible avec la profession.

«Dans les pays musulmans, le niqab n’empêche pas d’être une femme active», poursuit Leïla, «ma soeur le porte et elle est professeur en Algérie et enfant, j’ai eu une enseignante qui le portait également. Mais nous comprenons tout à fait que le niqab ne soit pas dans la culture luxembourgeoise et donc incompatible avec une vie professionnelle. Pour nous, le plus important, c’est notre foi.»

«Nous ne l’enlèverons jamais»

D’après la Shoura, aucune femme ne porte la burqa au Luxembourg et toutes celles qui revêtent le niqab n’ont jamais refusé un contrôle de la part des forces de l’ordre ou d’une administration. C’est ce que l’assemblée de la Communauté Musulmane du Grand-Duché a rappelé au gouvernement lors de leur rencontre de la semaine dernière.

«Le Premier ministre voulait connaître notre position sur une éventuelle loi», explique Mondher Labidi, un de ses membres, «nous lui avons expliqué qu’il s’agit d’une minorité dans la minorité, que le niqab concerne 16 femmes dans tout le pays et qu’elles ne représentent aucun danger, que leur manière de s’habiller n’est pas une atteinte à la liberté des autres mais une manière d’exprimer leur foi. Xavier Bettel nous a expliqué qu’il ne souhaitait pas ouvrir le débat pour l’instant mais qu’il voulait s’assurer que la Shoura n’appellerait pas à la désobéissance en cas de loi interdisant le port du voile intégral au Luxembourg. Si la loi passe, nous ferons appel à la justice, pas à la désobéissance», conclut Mondher Labidi.

Du côté des femmes, la voix est unanime: «Nous ne l’enlèverons jamais même si cette loi nous cloître chez nous et nous empêche d’avoir une vie normale, on n’enlèvera pas le niqab» .

Maria reprend: «Personne ne m’a forcée à le porter, alors personne ne me forcera à l’enlever. D’ailleurs, en Europe, aucune femme n’est forcée à quoi que ce soit, alors pourquoi la femme musulmane le serait?

Pour Hadzer, les médias sont largement responsables de l’image déplorable que l’opinion publique se fait des femmes voilées et plus encore des femmes portant le niqab: «Les médias disent, écrivent n’importe quoi et confondent burqa et niqab, le Maghreb avec l’Afghanistan et véhicule une image complètement fausse de la femme musulmane. J’ai des voisins comme tout le monde, une vie sociale, des enfants qui vont à l’école».

Et Leïla de renchérir: «Les gens connaissent peu de choses sur l’Islam et encore moins sur la femme musulmane et les stéréotypes ont la vie dure. Si nous portons le niqab, c’est aussi pour exprimer notre désaccord avec la société de consommation, l’image de la femme qui est véhiculée dans les médias et parce que nous pensons qu’être est plus important que paraître».

«On m’a déjà craché dessus»

Pourquoi certaines femmes portent-elles un niqab et d’autres un simple hijab? Y a-t-il un degré d’engagement, une foi plus grande lorsqu’on se couvre des pieds à la tête pour adorer son Dieu?

«Non» répond Leïla, «chaque femme fait comme bon lui semble et on peut très bien être musulmane et ne pas porter de voile. C’est à l’appréciation de chacune et nous n’avons pas à juger: ça se passe entre la personne et Dieu. Le niqab était l’habit des femmes du prophète, son symbole est très fort et si je le porte, c’est par amour pour Dieu».

Pour Hadzer, porter le niqab est devenu une évidence au fur et à mesure qu’elle avançait dans la vie et dans sa foi, «D’ailleurs, mon mari était contre au début mais il a compris que rien ne me ferait changer d’avis alors, il a dû s’y faire».

La fille aînée d’Hadzer, âgée de 14 ans, porte le hijab depuis ses 7 ans, c’est elle qui en a exprimé le souhait: «Dans notre religion, nous n’imposons rien», reprend la jeune femme, «et si nos filles ne veulent pas se voiler, libre à elles. Ma fille a exprimé à 7 ans le souhait de porter le hijab pour sortir et aller à l’école et nous l’avons laissée faire. Aujourd’hui, elle est au lycée et n’a jamais rencontré de problème. Au contraire, ses professeurs ont beaucoup de respect pour sa foi et ses camarades de classe ne l’ont jamais stigmatisée».

Alors quand Leïla, Hadzer et Maria se font insulter dans la rue, traiter de «terroriste», bousculer ou se font cracher dessus, elles ne sont pas seulement stupéfaites, elles ont peur.

«Quand quelqu’un vous crache dessus, il peut vous faire bien plus si vous ripostez», confie Leïla, «Alors, vous ne répondez pas, vous rentrez chez vous et vous avez peur de ressortir. Pour nous, si une telle loi est mise en place au Luxembourg, la haine va être attisée et notre foyer deviendra notre prison».

Les 16 femmes portant le niqab sont formelles: si le gouvernement allait dans le sens d’une loi interdisant le port du voile intégral dans les espaces publics, elles se rendront personnellement auprès du Premier ministre.

«Si Xavier Bettel reçoit les hommes de la Shoura, il peut bien s’entretenir avec les premières concernées: les femmes musulmanes du Luxembourg», concluent-elles.

En Europe, seules la France et la Belgique ont adopté une loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public.

* Les trois femmes souhaitant garder l’anonymat, les prénoms sont des prénoms d’emprunt

WORT.LU

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Autor članka: Ceman November 6, 2015 15:11